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Forum
Pointer Maroc
Le Forum de tous les
chasseurs et les amoureux du Pointer
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Le Pointer ? par Carli
Max

Je ne
saurai décrire un pointer mieux que Carli Max, grand
éleveur et dresseur de chiens d'arrêts. Malgré le fait
qu'il travaille avec différentes races, son cœur penche
pour le pointer. Il les emmène chasser dans les
endroits les plus insolites, comme la toundra sibérienne,
toujours à la recherche de la difficulté ou seul un
chien de race peut s'exprimer . " Esprit Pointer "
LE
POINTER, CHASSER EN RÊVANT
Dresseur professionnel et infatigable chasseur, Max
CARLI est toujours accompagné du pointer, jusque dans
les contrées les plus lointaines et hostiles. Depuis
trente ans il observe avec finesse ce grand chien
d'arrêt, dont il nous dépeint ici les étonnantes
ressources, les subtilités du dressage et les joies que
procurent sa quête et son arrêt. Le pointer qui nous est
conté fera de nous des petits princes ..
COURTOISIE A CHIENS DE
CHASSE
Un jour dans la taïga sibérienne, à mille miles de
toute civilisation, une petite voix me demanda : " S'il
te plaît dessine-moi un pointer ".
Comme je ne sais pas dessiner, j'ai préféré offrir à ce
Petit Prince un portrait écrit de ce chien, tel que je
l'observe depuis qu'il m'accompagne dans ma vie de
chasseur.
" Sache que si physiquement le pointer est majestueux et
puissant, c'est que tu as affaire à un sportif de haut
niveau ! S'il tient la tête haute tendue vers l'horizon,
c'est pour mieux recevoir les effluves dans ses narines
bien ouvertes. Si son poitrail est large, c'est pour
abriter des poumons et un cœur d'athlète. Si ses pattes
sont si musclées, c'est qu'elles sont faites pour la
course. Si elles sont bien plantées sur le sol, c'est
pour parcourir tous les terrains, qu'ils soient de
mousse ou d'éboulis. Le pointer court partout, loin et
vite. Il est comme ça, il est fait pour ça, il est né
pour ça. Il n'est ni le fruit du hasard ni celui d'une
erreur, mais le résultat de recherches, de sélections
draconniennes. Des hommes ont éprouvé le besoin d'avoir
un chien rapide et, à force de travail, ils ont créé le
pointer d'aujourd'hui.
IL PRÉFÈRE LA QUÊTE EN
SOLITAIRE
Je me garderais bien de te décrire une exception, qu'il
t'arrivera peut-être de rencontrer, qui court seulement
pour l'exploit, la gloire, grisé par sa vitesse. Il
s'agit d'un excité qui file en portant préjudice à la
race entière. Le néophyte, s'il croise une seule fois
son chemin, en parlera encore et encore. Il aura vu le
diable et, par un regrettable amalgame, ne saura plus
séparer le bon du mauvais. Ce pointer-là pourra se faire
arrêter par l'oiseau, il ne l'aura pas cherché, c'est le
gibier qui lui sera tombé dessus ! Un tel énergumène
mérite sa mauvaise réputation. Parmi les chiens, comme
parmi les hommes, le meilleur côtoie le pire. Le pointer
a cette particularité d'avoir, le cas échéant, des
défauts à la hauteur de ses qualités grandioses. Mais
parlons plutôt du bon sujet, celui qui correspond à sa
race, à son standard, et qui est issu d'un élevage
sérieux et réputé. Faire naître des pointers n'est pas
une simple affaire commerciale, mais une recherche
renouvelée à chaque portée. Car avant de mélanger les
sangs il faut savoir ce que l'on veut obtenir à
l'arrivée.
LA VITESSE N'EST PAS
TOUT
Pour avoir un bon pointer de chasse, il faut savoir
mettre l'accent sur ses qualités de découvreur de
gibier, indissociables de l'intelligence et du nez. On
ne peut jouer à la roulette russe avec des portées
futures, la réputation de la race en découle. On trouve
d'ailleurs les bons sujets toujours aux mêmes adresses,
là où précisément les éleveurs n'agissent pas à
l'aveugle et ne misent pas tout sur la vitesse, trop
conscient du risque de faire naître le spécimen qui
court toujours une fois lâché... seulement rattrapé par
sa mauvaise réputation. Sache que la vitesse est de
toute façon dans les gênes du pointer. L'important est
qu'elle s'accompagne d'un nez puissant, d'une
intelligence vive et d'une passion au diapason de ses
pattes. Toutes ses qualités s'imbriquent les unes dans
les autres, chacune servant l'autre ... jusqu'à l'arrêt
final qui, comme il se doit, sera de marbre. Statufié,
aucun poil ne bouge. Seul un semblant de frisson
parcourt le chien. Un arrêt en pleine course. Il ne
tergiverse pas.
A LA CHASSE
Le pointer nous aide à pénétrer des territoires
hostiles, rebutants par leur immensité, éprouvants par
l'altitude, là où l'oxygène manque à la végétation comme
aux hommes. C'est dans ces conditions extrêmes que l'on
réalise pleinement ce qu'est le pointer. Avec facilité
il poursuit son chemin de lacet en lacet, efficace,
rapide, battant le terrain dans sa totalité sans perdre
le contact avec son maître. Car tu découvriras que ce
chien aime faire plaisir, aime faire équipe, et cela
davantage avec l'homme qu'avec ses congénères. Sur le
terrain il chasse seul. Épargne-lui donc les sorties en
groupe, il est trop impétueux pour respecter les
copains, et sa rapidité le pousse à toujours vouloir
être en tête, devenant alors très dur à tenir. Mais
grâce à lui et avec lui, tu peux accéder à des chasses
qui te semblaient inaccessibles, comme cette immense
taïga que j'affectionne tant. Car je te parle là d'un
chien qui court pour chasser .
LE TEMPS SUSPENDU
Son nez n'a pas fini de recevoir l'effluve que
son cerveau réagit au quart de tour en donnant un
brusque coup de frein aux pattes d'acier. Action
somptueuse qui ne supporte pas l'erreur, la médiocrité.
A cela s'ajoute la durée. Cet arrêt pris il va le tenir,
tétanisé. Ils sont deux face à face, fascinés et
subjugués. L'oiseau doit fuir, le pointer doit tenir et
moi, je dois arriver ; et j'aurai le temps car mon
pointer sait tenir la pause comme le modèle d'un
peintre. Arrêté il est, arrêté il reste, jusqu'à l'envol
jusqu'au tir jusqu'au rapport. Sur un oiseau désailé qui
fuit à pattes, il arrive malheureusement que notre
pointer rechigne à mettre le nez par terre, dédaignant
la fonction de pisteur pourtant parfois très utile. A
vouloir garder la tête haute envers et contre tout il
peut perdre en efficacité. Mais hormis ce défaut, il te
donnera toujours l'impression d'être infatigable. Car
vois-tu, en plus de sa condition physique, il a
l'intelligence pour régler son allure et a vite fait
d'analyser le biotope dans lequel il se trouve. Il saura
adapter sa vitesse à l'altitude et au sol, rétrograder
si besoin est pour être à même de tenir longtemps le
même galop. Son intelligence le sert, ses pattes le
portent et sa passion le pousse, le tire, l'attire
toujours plus loin ; elle est la locomotive et le
carburant de ses muscles, l'entraînant d'une effluve à
l'autre, l'encourageant à chercher là où le gibier est
excessivement rare. Le pointer est un découvreur. Créé
dans ce but il sait aller là où d'autres races
n'auraient peut-être pas cherché. Ce n'est pas l'homme
qui l'envoie sur le gibier c'est lui qui le quête. Il
fut un temps où les Anglais chassaient avec un pointer
pour la recherche et un retriever pour le rapport.
Imagine le tandem, le summum ! Si aujourd'hui le pointer
rapporte parfaitement il ne faut pas oublier qu'il fut
longtemps dispensé de cette fonction, ne gagnant ses
galons que sur son action de chercheur et de trouveur.
Il a su si bien évoluer qu'il se suffit aujourd'hui à
lui-même, démarrant et bouclant une action de chasse ;
il donne là encore la preuve de son intelligence.
Puisque notre pointer peut le plus, tu ne dois pas
hésiter à lui demander le moins, ne pas le cantonner
dans les grands espaces. Tous les territoires sont à sa
portée et, bien qu'il donne toute sa mesure dans
l'immensité, il reste spectaculaire sur les plus petits
terrains, car il y garde son allure.
UN STYLE INALTÉRABLE
Un bel athlète se meut toujours de façon altière, où
qu'il soit. De ce fait le pointer peut être un compagnon
tout à fait à sa place à la bécassine, sa passion lui
réchauffant les pattes même si le mistral y met du sien
pour le décourager à coups de rafales glacées. Un vent
contre une passion - je te laisse deviner qui des deux
l'emporte ! A l'affût dans les marais, difficile en
revanche de lui demander l'immobilité. Il n'est pas le
meilleur au garde-à-vous sur un agachon. En la matière,
c'est le retriever qui mérite la première place ; chacun
son truc. Si les poils courts du pointer immobile
laissent passer l'hiver givré, ils ne sont en rien un
handicap vis-à-vis des ronces. Face aux épineux, la
passion se pose en armure, occulte la douleur d'une
épine qui se voudrait décourageante. Si un oiseau est
tombé ou a trouvé refuge dans une pelote d'épingles, eh
bien le pointer ira sans la moindre hésitation. Ce n'est
pas l'armure qui fait le chevalier, c'est le courage. Je
ne prétends pas que le pointer rechignant n'existe pas,
mais dans ce domaine, chacun connaît des chiens poltrons
qui, bien que munis de poils repoil et sous poil,
refusent l'aventure piquante. Cela ne saurait suffire à
coller l'étiquette "peureuse" sur une race entière ;
l'exception ne fait pas la règle. Le pointer est un
chien de confiance. Il est le compagnon de tout
chasseur, de tout âge. Jeune comme toi, il t'ouvre tous
les territoires, un peu plus vieux comme moi - ou
beaucoup plus que moi -, il t'économise. Tu peux
t'appuyer sur lui, lui faire confiance. Dans la montagne
il suffira de le suivre des yeux, c'est moins fatiguant
que de crapahuter des heures durant ; à toi de le
rejoindre lors d'un arrêt. Dans le bois il en sera de
même. Cloche au cou il se fera entendre jusque dans son
silence -"Bécasse droit devant ! " Voilà ce que
j'attends de la chasse avec un pointer, qu'elle soit
sportive, efficace et confortable, une communion totale,
une osmose parfaite entre le chien et le chasseur.
UN PUR-SANG MAL COMPRIS
DES CHASSEURS
Ce chien d'exception est pourtant mal perçu de bien des
chasseurs, qui se sentent stressés et dépassés par un
animal pourtant fait pour les servir vite et bien. Ce
mélange de crainte et d'incompréhension entache sa
réputation. Il faut résolument effacer des mémoires les
pointers "fous" que nos pères ont connus. Ils étaient le
balbutiement, le brouillon du chef-d'œuvre
d'aujourd'hui. Nous vient-il à l'idée de comparer la
voiture de Cugnot avec nos bolides de l'an 2000?
SON INTELLIGENCE COMME
ALLIÉE
Restons dans la métaphore automobile ... Une telle
machine exige un bon mécanicien et un bon conducteur.
Plus que tout autre, le pointer a besoin d'être dressé.
Un bon sujet ne peut passer à côté d'une éducation à sa
mesure. Et, pour qui en possède les compétences, la
tâche est finalement facile, car son intelligence lui
permet de bien assimiler et de garder parfaitement en
mémoire ce qu'on lui aura inculqué. Appliqué, il a
plaisir à satisfaire son maître. Il supporte très bien
les leçons, même les plus contraignantes, comme le sont
pour lui celles relatives au rapport. Mais dis-toi bien
que les races les mieux disposées sur ce point
particulier du dressage n'atteindront jamais, à nombre
de leçons égal, le même niveau de savoir. Le dressage
permet au pointer d'aller au bout de ses capacités. Et
comme celles-ci sont grandes, le résultat est
exceptionnel. Que l'on soit ou non un inconditionnel du
pointer, on reconnaît d'emblée le sujet qui aura reçu un
dressage de qualité. L'éducation façonne et révèle ce
chien. Il arrive à l'âge adulte, autour d'un an, avec
son bagage bourré de dons. Il te donne tout cela en
bloc, en vrac ; à toi de te débrouiller ! Le dressage
canalise ces capacités, les verrouille pour qu'elles
tiennent la route, le coup, et le temps. Si une seule
pièce de son génie reste "chancelante", un jour ou
l'autre elle entraînera le reste dans sa chute. Plus on
tombe de haut, plus il y a de dégâts. Le pointer peut
paraître difficile à dresser car il ne pardonne pas à
celui qui se trompe, qui ne sait pas le prendre.
L'OBÉISSANCE COMME CLEF
DE VOÛTE
Tu l'as compris, à travail mal fait résultat médiocre.
Le pointer ne se "bricole" pas. C'est un pur joyau qui
demande un artisan à sa mesure. Pour toutes les races le
dressage doit commencer par l'obéissance. Avec lui, ce
principe de bon sens est plus que jamais primordial. Il
est impensable que le pointer ne revienne pas si on
l'appelle. Le doute ne doit même pas effleurer l'esprit
de son conducteur, qui doit être sûr de son appel s'il
ordonne le retour. Mais tout en le voulant très
obéissant, on doit respecter son grain de fantaisie -
tout génie est un peu artiste. Il ne faut pas
constamment être sur son dos, vouloir le faire rentrer
dans un moule. Il a besoin d'initiative ; cela
sous-entend un grand respect mutuel entre le maître et
le chien. Ceux qui le critiquent sont bien souvent
ceux-là mêmes qui n'ont pas compris ce point. A toujours
être sur son dos, le pointer finit par ne plus s'occuper
de son maître et vit sa vie loin de lui, se moquant de
ses appels intempestifs. Celui qui n'obtient rien de bon
du pointer doit toujours se remettre en question, et non
rejeter systématiquement la faute sur le chien. Le
maître croit avoir tout essayé... il a souvent omis
d'essayer de comprendre son compagnon. Il faut tout
saisir chez lui, ne rien laisser dans l'ombre. Le maître
ne doit pas hésiter à se faire expliquer son pointer par
le dresseur, encore et encore. Il faut savoir insister
jusqu'au déclic, jusqu'à l'osmose. Ceux qui abandonnent
en route sont simplement passés à côté d'un compagnon
qui ne demandait qu'à se révéler à eux.
Voilà bonhomme tout ce que je peux te dire sur
le Pointer !
Sans rien dire le Petit Prince prit ma lettre, la lut.
Il sembla la comprendre. Il sourit simplement, et
partit.
Max
CARLI
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